Se lever du lit devient un calvaire, marcher provoque une douleur vive au pubis, et chaque mouvement s'accompagne d'une sensation d'écartement ou de craquement au niveau du bassin : si vous vivez cette réalité pendant votre grossesse, sachez que vous n'imaginez rien, et que ce n'est pas anodin. La pubalgie de grossesse touche environ 20 % des femmes enceintes, et pourtant elle reste souvent banalisée ou confondue avec d'autres douleurs pelviennes. L'ostéopathie peut-elle réellement réduire ces douleurs à la symphyse pubienne ? Sacha Olive-Abergel, ostéopathe pour femme enceinte à Marseille, accompagne régulièrement des femmes confrontées à ces douleurs, en proposant une approche manuelle douce, sans médicament, adaptée à chaque stade de la grossesse. Cet article vous aide à comprendre ce qui se passe dans votre bassin, ce que l'ostéopathie peut concrètement apporter, et quand il est nécessaire de consulter d'autres professionnels.
Pour comprendre la douleur, il faut d'abord comprendre l'anatomie. La symphyse pubienne est une articulation cartilagineuse située à l'avant du bassin, là où les deux os pubiens se rejoignent. Normalement peu mobile, elle joue un rôle essentiel dans la stabilité de toute la ceinture pelvienne, cette structure osseuse qui transmet le poids du tronc vers les membres inférieurs et protège les organes du petit bassin.
Dès le premier trimestre de grossesse, une hormone appelée relaxine entre en jeu. Produite par les ovaires, le placenta et le tissu mammaire, elle a pour mission d'assouplir les ligaments et les muscles lisses du bassin afin de préparer le passage du bébé lors de l'accouchement. Elle n'est toutefois pas la seule hormone impliquée : les estrogènes et la progestérone participent également au relâchement ligamentaire pelvien, ce qui explique pourquoi certaines femmes ressentent déjà une hyperlaxité ligamentaire dès le premier trimestre, avant même le pic de production de relaxine. Sous l'effet combiné de ces hormones, l'écartement de la symphyse pubienne passe en moyenne de 5 mm à 10-11 mm en fin de grossesse. Jusqu'à 9 mm, cet élargissement est considéré comme physiologique — autrement dit, normal. Au-delà de 10 mm, on entre dans le domaine pathologique.
Mais voici un point crucial que beaucoup ignorent : la douleur n'est pas toujours corrélée au degré d'écartement. Un dysfonctionnement de la symphyse peut exister même sans séparation visible à l'imagerie, et inversement, certaines femmes présentant un écartement important ne souffrent pas. C'est ce qui rend le diagnostic parfois si déroutant.
À ce mécanisme hormonal s'ajoute un facteur mécanique évident : le poids croissant du bébé et du liquide amniotique abaisse le centre de gravité, accentue la courbure lombaire — on parle d'hyperlordose — et augmente considérablement les contraintes sur la symphyse. Des déséquilibres posturaux préexistants, bien compensés avant la grossesse, peuvent alors se décompenser brutalement sous l'effet de ces nouvelles charges.
À noter : trois facteurs de risque et un facteur protecteur sont aujourd'hui documentés par des études. Avoir déjà présenté des douleurs similaires lors d'une grossesse antérieure est un facteur de risque avéré de récidive. Un travail physiquement éprouvant pendant la grossesse constitue un facteur aggravant. La macrosomie fœtale (bébé de poids élevé) et les extractions instrumentales (ventouse, forceps) sont des facteurs de risque de disjonction pubienne lors de l'accouchement. À l'inverse, une activité physique régulière avant la grossesse est un facteur protecteur démontré contre les douleurs pubiennes et pelviennes.
Les douleurs pelviennes au sens large touchent entre 40 % et 90 % des femmes enceintes selon les études, ce qui rend la distinction entre les différentes causes particulièrement complexe. La pubalgie spécifique — aussi appelée syndrome de Lacomme, du nom du médecin qui l'a décrite en 1962 — concerne quant à elle environ une femme enceinte sur cinq. L'appellation exacte dépend en réalité des articulations atteintes : si la douleur touche simultanément la symphyse pubienne et les deux articulations sacro-iliaques, on parle de « syndrome de la ceinture pelvienne » ; si la douleur est isolée à la symphyse pubienne uniquement, on parle de « symphysiolyse ». Cette distinction aide à mieux comprendre ce que votre professionnel de santé entend lorsqu'il utilise ces termes.
Les douleurs apparaissent généralement entre la 24e et la 36e semaine d'aménorrhée, parfois dès la 18e semaine. Elles se manifestent par une démarche caractéristique dite « en canard », une douleur à chaque appui du pied, des irradiations vers l'aine, les cuisses, voire les grandes lèvres. La nuit, des élancements peuvent fragmenter le sommeil. Des gestes simples deviennent éprouvants : écarter les jambes pour sortir de voiture, enfiler un pantalon en se tenant sur une seule jambe, monter les escaliers.
Certaines femmes décrivent une sensation de pression lancinante, d'autres un véritable « claquement » ou craquement au niveau du pubis. Dans les cas les plus sévères, la douleur peut devenir si invalidante qu'elle conduit à l'alitement. Et pourtant, trop souvent, la réponse médicale se limite à un « c'est normal, ça passera après l'accouchement », sans proposition de solution concrète.
Ce qu'il faut savoir : si la pubalgie de grossesse n'est dangereuse ni pour la mère ni pour le bébé sur le plan médical direct, elle ne doit pas être ignorée pour autant. Au-delà de la douleur physique, son impact psychologique et émotionnel est réel et documenté : la fragmentation du sommeil par les élancements nocturnes, la fatigue cumulée et l'inconfort persistant peuvent provoquer une déstabilisation émotionnelle et un sentiment d'isolement profond. Des gestes du quotidien — faire les courses, prendre soin d'enfants plus grands ou simplement monter en voiture — deviennent de véritables obstacles. Ce vécu mérite d'être reconnu et non banalisé, car le retard de diagnostic, souvent initié par la réponse médicale « c'est normal », est identifié comme le principal danger de la pubalgie : elle peut évoluer vers des douleurs chroniques invalidantes si elle est ignorée. Et attention, un signal d'alerte existe : si votre douleur pubienne est associée à de la fièvre ou à une incapacité brutale à vous déplacer, consultez un médecin en urgence. Ces symptômes peuvent évoquer une arthrite septique de la symphyse, une pathologie rare mais grave nécessitant un scanner ou une IRM pour confirmation.
Exemple — Mélina R., 32 ans, enceinte de son deuxième enfant, a ressenti dès la 22e semaine une douleur pubienne intense qui l'empêchait de soulever son fils aîné de 3 ans. Lors de ses rendez-vous médicaux, on lui a répété que « c'était normal pendant la grossesse ». Les semaines passant, la douleur s'est intensifiée au point de fragmenter chaque nuit de sommeil, entraînant une fatigue chronique et un isolement croissant — elle n'osait plus sortir de chez elle. Ce n'est qu'après avoir consulté un ostéopathe, qui a réalisé un bilan pelvien complet et identifié un syndrome de la ceinture pelvienne, qu'un plan de prise en charge adapté a pu être mis en place (ostéopathie, kinésithérapie périnéale, ceinture de soutien pelvienne). En quatre séances, ses douleurs avaient nettement diminué, lui permettant de retrouver une autonomie au quotidien.
À noter : le diagnostic différentiel de la pubalgie de grossesse doit éliminer plusieurs pathologies pouvant la mimer ou s'y superposer : la sciatique, la douleur ligamentaire généralisée par hyperlaxité, l'endométriose (douleur diffuse similaire), la hernie inguinale, une fracture osseuse ou encore une infection articulaire. Si vous vous demandez « est-ce vraiment une pubalgie ou autre chose ? », ces diagnostics alternatifs justifient de consulter un professionnel de santé capable de poser un diagnostic précis.
Lors d'une consultation pour pubalgie de grossesse, l'ostéopathe ne se contente pas d'examiner le pubis isolément. Il réalise un bilan global du bassin : vérification de l'ouverture progressive et homogène du bassin en rapport avec l'avancée de la grossesse, recherche d'asymétries, évaluation des dysfonctions sacro-iliaques, appréciation de la tonicité du périnée par voie externe.
Les muscles spécifiquement concernés sont le psoas, les adducteurs, le piriforme et le plancher pelvien. Ces groupes musculaires, lorsqu'ils sont en tension excessive, tirent littéralement sur la symphyse et entretiennent le cercle douloureux. L'ostéopathe travaille également sur des structures souvent oubliées : le diaphragme et les viscères du petit bassin, dont les pressions ont un retentissement direct sur la symphyse pubienne. Ces techniques sont douces et non invasives, parfaitement adaptées à la femme enceinte.
Pour différencier objectivement la pubalgie d'autres douleurs pelviennes (sciatique, lombalgie, douleur ligamentaire diffuse), l'ostéopathe — tout comme le médecin — peut s'appuyer sur des tests cliniques validés. Le test ASLR (Active Straight Leg Raise) consiste à soulever une jambe tendue à 20 cm du sol en position allongée sur le dos : il est positif si la patiente ressent une difficulté ou une douleur dans la ceinture pelvienne. Le test P4 (Posterior Pelvic Pain Provocation) implique une pression douce dans l'axe du fémur vers la table avec la hanche fléchie à 90° : il est positif si une douleur est ressentie dans la région fessière. Pour classer formellement un syndrome de la ceinture pelvienne, il faut au moins 1 test positif parmi ASLR et P4, plus au moins 2 tests positifs parmi : compression pelvienne, distraction pelvienne, FABER, Gaenslen et palpation du ligament dorsal sacro-iliaque long.
L'un des atouts majeurs de l'approche ostéopathique réside dans sa vision globale. Prenons un exemple concret : une ancienne entorse de cheville mal consolidée peut créer une désaxation qui remonte progressivement jusqu'au bassin, générant des tensions excessives à la symphyse. L'ostéopathe analyse la posture dans son ensemble — colonne vertébrale, cage thoracique, membres — et désamorce ces tensions périphériques qui parasitent l'équilibre pelvien.
Côté fréquence, 3 à 5 séances espacées de 2 à 3 semaines sont généralement recommandées pour observer une amélioration significative. En prévention, une consultation par trimestre dès le premier trimestre permet de vérifier l'équilibre de la symphyse et d'anticiper les tensions avant qu'elles ne deviennent douloureuses. Sur le plan scientifique, une revue systématique publiée en 2022, analysant 35 études incluant 2 632 participantes, a montré des effets positifs de l'ostéopathie en obstétrique, bien que les résultats restent hétérogènes et que des recherches complémentaires soient nécessaires.
Conseil : en cas de doute diagnostique ou de douleur atypique, l'imagerie disponible pendant la grossesse est l'échographie (sans rayonnement, outil de premier choix), qui permet d'évaluer la séparation de la symphyse et, en mode dynamique, la stabilité en temps réel lors des mouvements, ainsi que l'IRM, sans danger pour le fœtus, réservée aux cas sévères ou atypiques. La radiographie du bassin de face, examen de référence pour mesurer l'espace intersymphysaire, est quant à elle réservée au post-partum en raison des rayonnements. N'hésitez pas à en parler à votre médecin ou à votre ostéopathe si vos douleurs restent inexpliquées.
L'ostéopathie ne prétend pas tout résoudre seule. C'est un point essentiel à comprendre : sans renforcement musculaire parallèle, les bénéfices obtenus en séance ne tiennent pas dans la durée. Le travail de l'ostéopathe libère les tensions et restaure la mobilité, mais c'est la kinésithérapie périnéale qui consolide ces acquis par le renforcement des muscles stabilisateurs du bassin.
D'autres professionnels ont un rôle complémentaire indispensable :
Certains gestes et habitudes sont également à éviter lorsque la pubalgie est installée. Les exercices abdominaux de type crunchs, par exemple, augmentent les cisaillements sur la symphyse et aggravent la douleur — préférez le gainage ventral isométrique (la planche). Évitez aussi les positions asymétriques prolongées et les stations debout ou assise trop longues sans bouger. En revanche, la natation et la gymnastique aquatique douce sont d'excellentes alternatives pour rester tonique sans surcharger le bassin. Le port d'une ceinture de soutien pelvienne peut également soulager les douleurs lors des déplacements. Par ailleurs, un renforcement spécifique des muscles abducteurs (les muscles qui écartent la cuisse) est recommandé pour maintenir l'équilibre musculaire du bassin et prévenir les récidives : un déséquilibre entre abducteurs sous-sollicités et adducteurs en tension excessive est un facteur entretenant la pubalgie. Travailler ces deux groupes musculaires de manière équilibrée est donc aussi important qu'éviter les exercices aggravants.
À noter : lorsqu'une disjonction pubienne avérée est diagnostiquée, le traitement médical conservateur de référence associe décharge (repos), antalgiques compatibles avec la grossesse et anticoagulation préventive. En post-partum, dans les cas sévères résistants aux approches conservatrices, une infiltration locale de la symphyse (anesthésique local + corticoïde) au bloc opératoire peut être proposée par un médecin spécialisé. L'ostéopathie s'inscrit donc dans un continuum thérapeutique et ne se substitue pas à une prise en charge médicale lorsque celle-ci est nécessaire.
Bonne nouvelle : dans la majorité des cas, les douleurs de pubalgie disparaissent spontanément après l'accouchement. Cependant, les chiffres invitent à la vigilance. Avec un traitement approprié, 70 % des femmes connaissent une guérison complète dans les six premiers mois suivant la naissance. Sans suivi adapté, 15 % des cas évoluent vers une forme chronique nécessitant une prise en charge prolongée. Il est important de noter que les douleurs ne s'arrêtent pas toujours immédiatement après la naissance : la douleur sacro-iliaque post-partum touche jusqu'à 20 % des femmes, car l'imprégnation en relaxine persiste plusieurs semaines après l'accouchement, maintenant une hyperlaxité ligamentaire résiduelle même une fois le bébé né.
La rééducation périnéale avec un kinésithérapeute spécialisé est recommandée à partir de 6 semaines après un accouchement par voie basse, ou 8 semaines après une césarienne. Un bilan périnéal est d'ailleurs conseillé même en cas de césarienne, car la grossesse elle-même a sollicité les muscles pelviens pendant neuf mois. Cette rééducation vise à calmer les douleurs pelviennes résiduelles, redonner de la force au tronc et aux membres inférieurs, et corriger la posture.
Autre donnée à garder en mémoire : le risque de récidive lors d'une grossesse ultérieure est estimé à 30 %. Si vous avez déjà souffert de pubalgie, une surveillance rapprochée dès le début de la grossesse suivante est fortement recommandée, avec idéalement une prise en charge préventive en ostéopathie dès le premier trimestre.
Conseil : si vous prévoyez une nouvelle grossesse après un épisode de pubalgie, pensez à intégrer une activité physique régulière (marche, natation, yoga) dans les mois qui précèdent la conception : c'est un facteur protecteur démontré contre les douleurs pubiennes et pelviennes. Et dès le premier trimestre, n'attendez pas l'apparition des douleurs pour consulter : une séance d'ostéopathie préventive permet de vérifier l'équilibre de votre bassin et d'agir en amont.
Si vous souffrez de douleurs au pubis pendant votre grossesse à Marseille, Sacha Olive-Abergel vous accueille dans son cabinet pour une consultation ostéopathique personnalisée. Son approche globale, fondée sur l'écoute et la bienveillance, vise à évaluer précisément votre situation, à soulager vos tensions par des techniques manuelles douces adaptées à la grossesse, et à vous orienter vers les professionnels complémentaires lorsque cela est nécessaire. Ne laissez pas la douleur s'installer : un accompagnement précoce fait toute la différence.