En 2024, 20 148 personnes âgées de 65 ans et plus sont décédées des suites d'une chute en France, et 174 824 hospitalisations liées aux chutes ont été enregistrées dans cette même tranche d'âge — soit une hausse de 20,5 % par rapport à 2019 (1 198 hospitalisations pour 100 000 personnes de 65 ans et plus). Les chutes pèsent sur le système de soins bien au-delà de la seule mortalité. Malgré le Plan Antichute des Personnes Âgées (PAPA) lancé en 2022, qui visait explicitement une réduction de 20 % des chutes mortelles ou invalidantes d'ici 2024 — soit éviter 27 000 hospitalisations et 2 000 décès —, cet objectif n'a pas été atteint : le taux de mortalité a augmenté de 18 % entre 2019 et 2024, une hausse « plus importante que ce qui était attendu » selon le bilan de Santé publique France publié en mars 2026. Chaque année, 30 % des plus de 65 ans chutent au moins une fois, et plus de la moitié d'entre eux rechuteront dans les douze mois suivants. L'ostéopathie, thérapie manuelle ciblant spécifiquement la proprioception et la mobilité articulaire, constitue une ressource préventive encore sous-utilisée dans les parcours de soins des seniors. Sacha Olive-Abergel, ostéopathe à Marseille, accompagne au quotidien des patients âgés dans une démarche de prévention des chutes fondée sur l'écoute, l'évaluation rigoureuse et des techniques adaptées à chaque profil.
Pour comprendre pourquoi les chutes représentent un tel danger, il faut s'intéresser à ce qui se passe dans le corps avec l'avancée en âge. Votre équilibre repose sur trois systèmes sensoriels qui fonctionnent en permanence : le système proprioceptif, qui renseigne votre cerveau sur la position de chaque articulation dans l'espace ; le système vestibulaire, logé dans l'oreille interne, qui détecte les mouvements de la tête ; et le système visuel, qui vous situe par rapport à votre environnement. Après 65 ans, ces trois systèmes se dégradent simultanément, souvent sans que vous en ayez conscience. En particulier, les seniors développent une dépendance accrue aux informations visuelles pour maintenir leur équilibre — ce qui explique mécaniquement pourquoi une cataracte débutante, un champ visuel rétréci ou des lunettes inadaptées peuvent à eux seuls déstabiliser un senior, même en l'absence de tout déficit proprioceptif ou vestibulaire. Votre corps détermine de plus en plus difficilement sa position par rapport à la verticale, et les ajustements posturaux automatiques deviennent moins fiables.
Le risque n'est pas uniforme au sein de la population senior. Après 85 ans, une personne sur deux chute au moins une fois par an — contre une sur trois après 65 ans — et le risque de fracture après la chute augmente avec le vieillissement, alors même que la chute devient plus fréquente. Les données de Santé publique France (2024) révèlent que le risque de mortalité par chute est 29 fois plus élevé chez les plus de 85 ans que chez les 65-74 ans, et que le taux d'hospitalisation y est 8,6 fois supérieur. Ce sous-groupe — senior très âgé, souvent polypathologique, vivant à domicile — constitue le profil prioritaire pour un suivi ostéopathique préventif adapté aux seniors. Il est important de rappeler qu'une partie de ces chutes reste bénigne si la fragilité osseuse est contrôlée par un suivi médical approprié.
Lorsqu'une première chute survient, un cercle vicieux s'installe. La peur de retomber pousse à restreindre ses déplacements. Cette sédentarité accélère la fonte musculaire et les raideurs articulaires, ce qui augmente précisément le risque de chuter à nouveau. C'est dans ce contexte que la prévention des chutes chez les seniors par l'ostéopathe prend tout son sens, à travers cinq actions concrètes.
Avant toute manipulation, l'ostéopathe commence par mesurer votre niveau de risque à l'aide d'outils reconnus. Le test Timed Up and Go (TUG) en fait partie : il vous est demandé de vous lever d'une chaise, de marcher trois mètres, de faire demi-tour et de vous rasseoir. Si cette séquence dépasse vingt secondes, un déficit d'équilibre est suspecté. Le test unipodal complète cette évaluation : il s'agit simplement de tenir en équilibre sur une jambe pendant au moins cinq secondes.
En parallèle, un questionnaire de santé approfondi — appelé anamnèse — permet de recenser vos antécédents de chute, vos douleurs chroniques, votre liste de médicaments et votre contexte de vie quotidien. Habitez-vous seul ? Avez-vous des tapis non fixés ? Prenez-vous des somnifères ? Ces éléments orientent le plan de traitement. Surtout, ces tests sont reproductibles : ils permettent de mesurer objectivement vos progrès d'une séance à l'autre.
Exemple : Madeleine Arvieux, 82 ans, vit seule dans un appartement au 3e étage à Marseille. Lors de son premier bilan chez Sacha Olive-Abergel, son test TUG affiche 24 secondes — bien au-delà du seuil de 20 secondes. L'anamnèse révèle une entorse de cheville mal soignée il y a six ans, un traitement antihypertenseur susceptible de provoquer des vertiges au lever, et deux tapis non fixés dans son couloir. À partir de ces éléments, un programme de suivi individualisé a été construit : travail proprioceptif ciblé sur la cheville, signalement au médecin traitant pour réévaluation de l'ordonnance, et conseils concrets d'aménagement du domicile. Après trois séances espacées de quatre mois, son test TUG est redescendu à 17 secondes.
La proprioception est cette capacité inconsciente qui permet à votre cerveau de savoir exactement où se trouvent vos bras, vos jambes et votre tronc dans l'espace, sans même avoir besoin de regarder. Elle repose sur des récepteurs sensoriels nichés dans vos articulations, vos muscles et vos tendons. Avec l'âge, ces récepteurs transmettent des informations de moins en moins précises, ce qui rend chaque pas un peu plus incertain.
L'ostéopathe agit directement sur les boucles réflexes neuromusculaires qui gouvernent la réponse motrice en cas de perte d'équilibre. Imaginez que vous trébuchez sur le bord d'un trottoir : c'est votre système proprioceptif qui déclenche la contraction musculaire réflexe pour vous rattraper. Si ce système est défaillant, la réponse arrive trop tard. En restaurant la mobilité articulaire, l'ostéopathe réactive ces récepteurs pour que votre corps « se repère » à nouveau dans l'espace.
La proprioception cervicale mérite une attention particulière. Les tensions accumulées au niveau du cou et du haut du dos peuvent provoquer des vertiges et des sensations d'instabilité qui sont autant de facteurs de chute. Entre les séances, l'ostéopathe peut vous prescrire des exercices ciblés à pratiquer chez vous : équilibre unipodal progressif en vous tenant d'abord à une chaise, marche sur la pointe des pieds le long d'un couloir. Pratiqués trois à cinq fois par semaine, ces exercices entretiennent les acquis obtenus en consultation.
Conseil : Si vous ressentez des sensations de vertige ou d'instabilité en tournant la tête — par exemple en regardant par-dessus votre épaule pour traverser la rue — ne mettez pas systématiquement cela sur le compte de l'âge. Ces symptômes peuvent révéler des tensions cervicales accessibles à un traitement ostéopathique doux. Signalez-les lors de votre prochaine consultation pour qu'un bilan proprioceptif cervical soit réalisé.
La prévention des chutes chez les seniors par l'ostéopathe ne se limite jamais à une seule articulation. Les études disponibles identifient trois zones à travailler en priorité. La cheville, d'abord : c'est le premier maillon de la chaîne posturale et un site majeur de proprioception. Une cheville raide après une ancienne entorse mal soignée peut déséquilibrer tout votre système d'aplomb, du genou jusqu'aux cervicales.
Le bassin et le bas du dos constituent le deuxième étage. Des blocages à ce niveau perturbent la perception qu'a votre cerveau de votre centre de gravité. Vous compensez sans le savoir par une posture asymétrique qui, à terme, fragilise votre équilibre global. Enfin, la sphère crânienne et les cervicales représentent le troisième niveau d'intervention : l'ostéopathe peut agir sur les structures liées à l'oreille interne pour améliorer la perception vestibulaire.
C'est pourquoi le Traitement Ostéopathique Général (TOG) est l'approche privilégiée chez le patient âgé. Fondé sur des mobilisations douces de l'ensemble du corps, il respecte les chaînes musculaires interconnectées plutôt que d'isoler une seule région. Un ostéopathe qui ne traiterait que vos chevilles sans remonter jusqu'au bassin et aux cervicales n'offrirait qu'un bénéfice partiel.
À noter : Les fractures vertébrales par tassement figurent parmi les conséquences ostéoporotiques les plus fréquentes d'une chute chez le senior, et sont souvent asymptomatiques — le patient ne sait pas qu'il en souffre. Elles peuvent passer inaperçues et aggraver progressivement la cyphose posturale (dos arrondi vers l'avant), augmentant le déséquilibre antérieur du centre de gravité et donc le risque de rechute. L'ostéopathe ne traite pas les fractures vertébrales constituées, mais son rôle préventif est essentiel : en identifiant une cyphose qui s'accentue et en orientant vers un bilan médical complémentaire (imagerie, densitométrie osseuse), il contribue à une prise en charge précoce.
Trois quarts des personnes âgées souffrent de douleurs chroniques, et plus de 80 % de ces douleurs touchent l'appareil locomoteur. Le confort ressenti pendant la séance conditionne directement l'adhésion au suivi préventif : un patient qui souffre pendant la consultation ne reviendra pas. Chez un senior présentant de l'ostéoporose, les manipulations à haute vélocité — ces gestes rapides parfois appelés « thrust » qui produisent un craquement — sont formellement exclues en raison du risque fracturaire.
Les techniques employées sont toujours sélectionnées en fonction du profil et de l'état de santé du patient :
En fin de séance, l'ostéopathe peut également formuler des conseils pratiques : exercices légers à reproduire chez vous, corrections posturales pour vos activités quotidiennes, ou recommandations sur l'aménagement de votre espace de vie — fixer les tapis, améliorer l'éclairage, installer des barres d'appui dans la salle de bain.
L'ostéopathie opère à trois niveaux de prévention distincts, et c'est cette polyvalence qui en fait un outil précieux dans le parcours de soins du senior. La prévention primaire consiste à maintenir la mobilité articulaire avant l'apparition de tout déficit fonctionnel. Elle s'adresse aux seniors dès 60-65 ans, même en l'absence de douleur ou d'antécédent de chute : un bilan postural régulier permet de repérer les raideurs naissantes avant qu'elles ne deviennent problématiques.
La prévention secondaire vise à détecter et traiter les déséquilibres posturaux silencieux. Vous pouvez marcher sans douleur et pourtant présenter une asymétrie du bassin ou une restriction de mobilité à la cheville qui diminue vos réflexes d'équilibre. Seul un bilan régulier permet de les identifier.
La prévention tertiaire intervient après une première chute. Son objectif : limiter les compensations posturales, traiter les séquelles fonctionnelles et briser le cercle vicieux de la rechute. La séance doit être planifiée dans les quatre à six semaines suivant la chute, une fois toute fracture exclue par imagerie médicale. L'urgence est réelle : 95 % des fractures de hanche sont causées par une chute, et 20 à 25 % des seniors fracturés décèdent dans l'année qui suit. De plus, la fracture du col du fémur entraîne une perte d'autonomie fonctionnelle dans environ 50 % des cas — indépendamment du risque de décès. Cette perte d'autonomie peut être temporaire ou durable selon l'âge du patient et son niveau fonctionnel avant la chute, ce qui renforce la nécessité d'agir en amont.
À noter : Le suivi ostéopathique post-chute peut être mené en complément d'une rééducation kinésithérapique, et non en remplacement. Le kinésithérapeute travaille le renforcement musculaire et la rééducation fonctionnelle ; l'ostéopathe lève les restrictions de mobilité articulaire et restaure la proprioception. Les deux approches sont complémentaires et non concurrentes. Dans tous les cas, l'intervention ostéopathique ne doit être planifiée qu'après exclusion de toute fracture par imagerie médicale.
La prévention des chutes chez les seniors ne peut reposer sur l'ostéopathe seul. Les facteurs de risque sont multiples — posturaux, visuels, médicamenteux, environnementaux — et aucun professionnel ne peut les couvrir à lui seul. L'activité physique adaptée (APA), reconnue par le Plan PAPA comme « la meilleure arme antichute », doit être associée systématiquement : tai-chi, gym douce, marche nordique adaptée ou yoga renforcent la masse musculaire et consolident les corrections posturales réalisées en séance. Depuis la loi de modernisation du système de santé de 2016 (article 144), l'APA peut être prescrite médicalement par un médecin, ce qui permet de l'intégrer formellement dans le parcours de soins du senior et d'orienter vers des professionnels certifiés — un levier concret que l'ostéopathe peut signaler au patient et relayer auprès du médecin traitant.
Un bilan ophtalmologique annuel est tout aussi indispensable. La vision constitue l'un des trois piliers de l'équilibre : avec l'avancée en âge, les seniors développent une dépendance accrue aux informations visuelles pour compenser la dégradation des systèmes proprioceptif et vestibulaire. Une cataracte débutante, un champ visuel rétréci ou des lunettes inadaptées peuvent ainsi déstabiliser un senior même en l'absence de tout autre déficit sensoriel — et annuler les bénéfices proprioceptifs obtenus en consultation. De même, si vous prenez quatre médicaments ou plus, demandez à votre médecin traitant une révision complète de votre ordonnance. Les hypnotiques, anxiolytiques et antihypertenseurs peuvent provoquer une hypotension orthostatique ou des vertiges, facteurs directs de chute que l'ostéopathe ne peut pas traiter mais qu'il peut identifier lors de l'anamnèse pour vous orienter.
Les Ostéopathes de France recommandent deux à trois séances par an après 65 ans, espacées de trois à quatre mois, en cas d'antécédent de chute, de raideurs articulaires ou de douleurs chroniques. Pour un senior totalement asymptomatique — sans douleur, sans antécédent de chute et sans raideur identifiée —, une séance annuelle unique peut suffire à titre de bilan postural de dépistage. Les déséquilibres proprioceptifs peuvent être parfaitement silencieux : l'absence de douleur ne signifie pas l'absence de risque. Ne pas interrompre le suivi après amélioration est l'une des clés d'une prévention réellement efficace.
Conseil : Si vous êtes le proche d'un parent de plus de 85 ans vivant à domicile, n'attendez pas qu'une chute survienne pour initier un bilan ostéopathique préventif. Ce sous-groupe est celui pour lequel le risque de mortalité et d'hospitalisation est le plus élevé. Un simple bilan postural annuel — même en l'absence de plainte — permet de repérer des restrictions de mobilité silencieuses et de mettre en place un programme préventif individualisé en coordination avec le médecin traitant.
Si vous êtes un senior souhaitant préserver votre autonomie, un proche inquiet face aux risques de chute d'un parent âgé, ou un patient ayant déjà chuté et cherchant à éviter la récidive, Sacha Olive-Abergel vous accueille dans son cabinet à Marseille pour un bilan postural complet. Sa pratique repose sur une approche globale et individualisée, adaptée à votre état de santé, à vos fragilités et à vos objectifs. N'attendez pas la chute pour agir : prenez rendez-vous pour construire, ensemble, un programme préventif sur mesure.