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Ostéopathie et accouchement : peut-elle vraiment réduire le risque de forceps ou d'épisiotomie ?

16/07/2026
Ostéopathie et accouchement : peut-elle vraiment réduire le risque de forceps ou d'épisiotomie ?
Peut-on vraiment éviter les forceps grâce à l'ostéopathie ? Bilan pelvien, données scientifiques et limites, par un ostéo à Marseille

En France, 10 % des naissances nécessitent le recours à des instruments d'extraction — forceps, ventouse ou spatules — et la dystocie mécanique, c'est-à-dire une difficulté de progression du bébé dans le bassin, concerne environ 15 % des accouchements, soit près de 120 000 cas chaque année. Parallèlement, le taux d'épisiotomie a été divisé par trois en onze ans, passant de 25,8 % en 2010 à 8,3 % en 2021, traduisant une aspiration collective vers des accouchements moins instrumentalisés. Dans ce contexte, de plus en plus de femmes enceintes s'interrogent : l'ostéopathie peut-elle réellement influencer le déroulement de l'accouchement, ou s'agit-il d'une promesse sans fondement ? Sacha Olive-Abergel, ostéopathe à Marseille, accompagne régulièrement des femmes en fin de grossesse avec une approche fondée sur l'écoute, la rigueur et la transparence. La réponse, vous allez le voir, est nuancée — oui, sous certaines conditions, et dans des limites qu'il est essentiel de connaître.

Ce qu'il faut retenir
  • Le bilan pelvien ostéopathique de préparation à l'accouchement se réalise idéalement entre la 36e et la 37e semaine d'aménorrhée, lorsque la relaxine est encore active et que le bassin reste modulable.
  • Une étude américaine portant sur 320 patientes a montré que les femmes sans suivi ostéopathique avaient jusqu'à quatre fois plus de risques de recourir aux forceps lors de l'accouchement.
  • Trois contre-indications absolues doivent être systématiquement vérifiées avant toute séance ostéopathique pendant la grossesse : menace d'accouchement prématuré, placenta praevia et saignements inexpliqués.
  • La primiparité (premier accouchement) est un facteur de risque indépendant de recours aux forceps (p=0,024 dans une étude lyonnaise sur 649 enfants), ce qui rend la préparation ostéopathique particulièrement pertinente pour les femmes qui accouchent pour la première fois.

Forceps et épisiotomie : comprendre la mécanique qui mène à l'intervention

L'épisiotomie et les forceps ne sont jamais systématiques

Pour saisir ce que l'ostéopathie peut — et ne peut pas — apporter lors d'un accouchement, il faut d'abord comprendre pourquoi un médecin décide de recourir aux forceps ou à une épisiotomie. L'Organisation Mondiale de la Santé est claire : l'épisiotomie ne doit jamais être systématique. Elle est réservée à des situations précises, comme une dystocie des épaules, une extraction instrumentale ou la présence de cicatrices périnéales mal cicatrisées. Cette position est confortée par la revue Cochrane 2017, portant sur 5 977 femmes, qui établit que l'épisiotomie sélective réduit de 30 % le nombre de traumatismes périnéaux graves comparée à l'épisiotomie systématique, lors d'accouchements non instrumentaux — une donnée de haut niveau de preuve. Quant aux forceps, ils sont utilisés en cas de détresse fœtale, de fatigue maternelle excessive, ou lorsque le travail se prolonge au-delà de douze heures chez une femme qui accouche pour la première fois.

Trois grandes catégories de dystocie mécanique

Les causes de ces difficultés se regroupent en trois grandes catégories de dystocie mécanique : la dystocie osseuse, liée à des anomalies du bassin maternel ; la dystocie des tissus mous, provoquée par des obstacles vaginaux ou périnéaux ; et les anomalies du mobile fœtal, comme une présentation en siège ou un poids supérieur à 4 000 grammes. Il faut aussi distinguer la dystocie mécanique de la dystocie dynamique, qui concerne le moteur utérin. Les deux sont différentes, mais peuvent s'alimenter mutuellement : un bassin bloqué peut épuiser le muscle utérin et déclencher un cercle vicieux.

Primiparité et péridurale : deux facteurs de risque souvent sous-estimés

La primiparité — le fait d'accoucher pour la première fois — constitue un facteur de risque indépendant de recours aux forceps. Ce lien est documenté avec une significativité statistique de p=0,024 dans une étude menée à Lyon sur 649 enfants. Le périnée n'ayant jamais été distendu par un précédent accouchement, la résistance tissulaire est plus importante lors de la phase d'expulsion. C'est pourquoi la préparation ostéopathique de la femme enceinte présente un intérêt préventif particulièrement marqué chez les primipares.

Par ailleurs, la péridurale est un facteur de risque reconnu d'augmentation du recours aux forceps : en réduisant la sensibilité périnéale et la capacité de poussée volontaire, elle ralentit la progression fœtale lors de la phase expulsive. Ce lien est documenté dans les données françaises de l'enquête périnatale 2021. Une préparation ostéopathique qui raccourcit la durée du travail réduit donc indirectement le risque de recourir à la péridurale dans l'urgence, et par extension, le risque d'extraction instrumentale qui peut en découler.

Le bassin, une structure mobile au cœur de la progression fœtale

Un canal pelvien en trois détroits

Contrairement à une idée reçue, votre bassin n'est pas une structure figée. Il est composé de quatre os — le sacrum, le coccyx et les deux os iliaques — reliés par des articulations dotées de ligaments souples. Pour naître par voie basse, le bébé doit franchir successivement trois détroits : supérieur, moyen et inférieur. Chacun correspond à des structures anatomiques différentes, et chacun peut devenir un point de blocage si la mobilité est insuffisante.

Un sacrum verrouillé, un coccyx bloqué en antéversion — souvent suite à une ancienne chute — ou des articulations sacro-iliaques rigidifiées réduisent le diamètre fonctionnel du canal pelvien. Concrètement, cela signifie que le passage disponible pour le bébé se rétrécit, freinant sa descente. La position allongée sur le dos, fréquemment imposée en salle de naissance, aggrave ce phénomène en figeant le sacrum. À l'inverse, une étude prospective menée à Cotonou (publiée dans le Journal of Obstetrics and Gynaecology Canada) sur 490 parturientes en position libre verticale versus 490 en décubitus dorsal a montré que les positions verticales agrandissent l'espace pelvien de 0,9 cm en moyenne, raccourcissent la durée de la phase active de 20 minutes (p < 0,01) et réduisent considérablement la fréquence des extractions instrumentales : 0,4 % dans le groupe en position libre contre 4,3 % dans le groupe en décubitus dorsal, soit dix fois moins.

Le rôle de la relaxine et la fragilité du périnée

Au troisième trimestre, une hormone appelée relaxine assouplit les ligaments pour faciliter l'ouverture du bassin lors de l'accouchement. Mais cette souplesse nouvelle engendre aussi des instabilités compensatoires. Le Dr Steven Sandler, directeur de la clinique des femmes enceintes de la British School of Osteopathy, estime que 25 % des femmes enceintes développent un dysfonctionnement de la symphyse pubienne lié à cette hyperlaxité. C'est précisément dans cette fenêtre que l'intervention ostéopathique prend tout son sens.

Il faut également considérer un aspect souvent méconnu : lors du passage de la tête fœtale, les muscles du périnée doivent s'étirer jusqu'à 3 à 4 fois leur longueur initiale (données issues de la littérature obstétricale, EMC Gynécologie-Obstétrique). Ce chiffre illustre concrètement pourquoi un périnée insuffisamment préparé — par manque de souplesse ou de coordination diaphragme-périnée — est un facteur majeur de déchirure ou d'épisiotomie lors de l'expulsion.

⚠ À noter : Trois contre-indications absolues à une séance ostéopathique pendant la grossesse doivent être systématiquement vérifiées avant toute prise en charge : une menace d'accouchement prématuré, un placenta praevia, ou des saignements inexpliqués en cours de grossesse. Dans ces situations, toute technique sur le bassin ou les ligaments utérins est contre-indiquée, indépendamment du terme ou de la demande de la patiente. Il est essentiel d'en informer votre ostéopathe dès la prise de rendez-vous.

Ostéopathie avant l'accouchement : ce qui est réellement travaillé pour prévenir les forceps

Lors d'une consultation de préparation à l'accouchement, l'ostéopathe évalue et traite cinq grands systèmes structurels impliqués dans le déroulement du travail :

  • Le bassin osseux : sacrum, os iliaques, coccyx, symphyse pubienne
  • Les hanches et la colonne lombaire
  • Les muscles et aponévroses péri-pelviens
  • Les ligaments utérins, notamment les ligaments ronds et larges
  • Le diaphragme thoracique, dont la coordination avec le périnée conditionne l'efficacité des poussées

Lever les obstacles mécaniques avant la naissance

L'objectif central est de libérer les restrictions qui réduisent le diamètre fonctionnel du canal pelvien. Par exemple, un coccyx resté bloqué après une chute ancienne — parfois oubliée depuis des années — peut constituer un véritable obstacle mécanique lors de la phase d'expulsion. De même, des tensions asymétriques sur les ligaments ronds peuvent provoquer une rotation utérine défavorable, modifiant la présentation du bébé et augmentant le risque de dystocie.

Les techniques employées sont exclusivement douces : fonctionnelles, fasciales, viscérales, articulaires à faible amplitude. Aucune manipulation à haute vélocité n'est réalisée sur le bassin d'une femme enceinte. Le moment optimal pour ce bilan se situe entre la 36e et la 37e semaine d'aménorrhée, lorsque la relaxine est encore active et que le bassin reste modulable. Attendre la 38e semaine, c'est risquer que la tête du bébé soit déjà trop engagée pour permettre un travail efficace.

???? Exemple concret : Juliette Marsac, 32 ans, enceinte de son premier enfant, avait consulté Sacha Olive-Abergel à la 36e semaine pour des douleurs à la symphyse pubienne apparues au sixième mois. Lors du bilan, un blocage du sacrum en torsion gauche a été identifié, associé à une tension marquée des ligaments ronds — probablement accentuée par une chute sur le coccyx survenue à l'adolescence. Après deux séances de techniques douces (fasciales et fonctionnelles), les douleurs pubiennes avaient nettement diminué et la mobilité du sacrum était restaurée. Son accouchement, quelques semaines plus tard, s'est déroulé par voie basse, sans recours aux instruments d'extraction. Bien entendu, chaque situation est différente, et ce résultat ne peut être généralisé — mais il illustre l'intérêt d'un bilan précoce lorsqu'un facteur de risque mécanique est identifié.

Ce que dit la science sur l'ostéopathie, l'accouchement et le risque de forceps

L'essai Licciardone (2010) : une référence méthodologiquement solide

Plusieurs études apportent des résultats encourageants, même si le niveau de preuve global reste modeste. L'essai randomisé contrôlé de Licciardone et al., publié en 2010 dans l'American Journal of Obstetrics and Gynecology (DOI 10.1016/j.ajog.2009.07.057) sur 144 femmes enceintes, a montré que le groupe ayant reçu un traitement ostéopathique présentait une moindre dégradation du fonctionnement lombaire. Cet essai comparait trois groupes distincts — un groupe traitement ostéopathique (OMT), un groupe placebo ultrasonore et un groupe soins obstétricaux habituels seuls — ce qui renforce la valeur du résultat, puisque l'effet du traitement ostéopathique a été mesuré en contrôlant l'effet placebo de l'attention thérapeutique. C'est la référence la plus citée en ostéopathie périnatale, même si elle porte davantage sur la douleur que sur les interventions obstétricales.

Durée du travail raccourcie et points de Chapman : des résultats objectivables

Une étude pilote publiée sur Osteopedia en 2022 a relevé une durée de travail significativement réduite dans le groupe traité : 11 heures 34 contre 16 heures 57 dans le groupe contrôle. Or, un travail plus court diminue la fatigue maternelle, elle-même facteur de recours aux forceps. Fait notable : avant l'accouchement, 100 % des parturientes présentaient des points de Chapman positifs pour les ligaments larges de l'utérus — un indicateur de tension ligamentaire. Après le traitement, ce chiffre tombait à 5 %. Sur le plan clinique, ces points de Chapman des ligaments larges utérins peuvent servir de critère de résultat objectivable lors des consultations de préparation à l'accouchement : leur présence systématique avant le traitement et leur quasi-disparition après permettent à l'ostéopathe d'objectiver l'effet de son intervention et de guider la séance de façon mesurable.

Jusqu'à quatre fois moins de forceps avec un suivi ostéopathique

Plus directement liée à notre sujet, une étude américaine menée sur 320 patientes a montré que les femmes sans suivi ostéopathique avaient jusqu'à quatre fois plus de risques de recourir aux forceps lors de l'accouchement. Ces résultats sont prometteurs, mais il est important de le dire clairement : les études restent peu nombreuses, hétérogènes et de faibles effectifs. Aucun consensus scientifique suffisant ne permet aujourd'hui de formuler une recommandation officielle de santé publique. En revanche, la sécurité de l'ostéopathie périnatale est établie : aucune étude n'a identifié de risque supplémentaire pour la mère ou le fœtus.

Ce que l'ostéopathie ne peut pas promettre — et pourquoi consulter malgré tout

Les limites de l'ostéopathie face à certaines situations obstétricales

Il serait irresponsable de présenter l'ostéopathie comme une garantie d'accouchement sans instrument. Certaines situations échappent totalement à son champ d'action : une disproportion céphalo-pelvienne anatomique réelle, une macrosomie supérieure à 4 000 grammes, une souffrance fœtale aiguë, une présentation du siège non corrigée. Dans ces cas, les forceps, la ventouse ou la césarienne sont des interventions vitales, décidées par l'obstétricien ou la sage-femme. L'ostéopathie agit sur les restrictions fonctionnelles corrigeables, pas sur les contraintes anatomiques irréductibles.

C'est précisément cette complémentarité qui fait sa force. L'ostéopathe intervient en soutien de l'équipe médicale, jamais à sa place. Cette démarche s'inscrit dans un parcours global qui peut associer le massage périnéal dès la 36e semaine, l'apprentissage de la coordination diaphragme-périnée, et la rééducation périnéale en post-partum. Chaque approche renforce les autres.

Protéger le nouveau-né et préparer le post-partum

Un argument souvent méconnu mérite aussi d'être mentionné : éviter les forceps, c'est également protéger le nouveau-né. Les extractions instrumentales peuvent laisser des tensions crâniennes et cervicales chez le bébé, se manifestant par des asymétries crâniennes, des troubles de la succion ou des pleurs excessifs. La prévention commence donc avant la naissance.

L'ostéopathie peut également intervenir en post-partum sur les cicatrices d'épisiotomie ou de déchirure périnéale laissées par un accouchement précédent, afin de lever les adhérences tissulaires susceptibles de restreindre la mobilité du périnée et de compliquer un accouchement ultérieur. Pour les femmes ayant déjà accouché avec intervention, ce travail cicatriciel constitue un levier concret de prévention en vue d'une prochaine grossesse.

???? Conseil : En post-partum, il est contre-indiqué de reprendre un travail de renforcement de la sangle abdominale avant qu'un rééquilibrage ostéopathique des pièces osseuses du bassin ait été réalisé. Effectuer ce type d'exercice sur un bassin encore dysfonctionnel crée des compensations musculaires qui aggravent les troubles pelvi-périnéaux et augmentent le risque de prolapsus à long terme. Avant de reprendre les abdominaux, pensez à consulter votre ostéopathe et votre sage-femme pour vérifier que votre bassin et votre périnée y sont prêts.

Quels signaux doivent vous inciter à consulter ?

Certains signaux doivent vous inciter à consulter un ostéopathe avant l'accouchement :

  • Un antécédent de chute sur le coccyx, même ancien
  • Des douleurs à la symphyse pubienne ou une sciatalgie pendant la grossesse
  • Une précédente épisiotomie ou césarienne
  • Une sensation de blocage lombaire ou de lourdeur pelvienne dès le deuxième trimestre
  • Un premier accouchement (primiparité), en raison du risque accru de recours aux forceps

Si vous êtes enceinte et que vous souhaitez préparer votre corps à l'accouchement dans les meilleures conditions possibles, Sacha Olive-Abergel, ostéopathe à Marseille, propose un bilan pelvien en fin de grossesse adapté à votre situation. Son approche repose sur une analyse approfondie de vos antécédents, de vos symptômes et de vos besoins spécifiques, dans un cadre bienveillant et respectueux de vos limites. Il travaille en coordination avec les autres professionnels de santé qui vous accompagnent — sage-femme, obstétricien, kinésithérapeute — pour assurer un parcours de soins cohérent. Si vous êtes dans la région de Marseille et que vous cherchez un accompagnement ostéopathique rigoureux et personnalisé pour votre grossesse, n'hésitez pas à prendre rendez-vous pour évaluer ensemble ce qui peut être fait, en toute transparence.